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©Ville de Chinon Forteresse royale de Chinon|ADT Touraine - JC Coutand

Aliénor d’Aquitaine une reine à Chinon !

Connue pour son titre de Duchesse d’Aquitaine, Aliénor a surtout été successivement Reine de France et… Reine d’Angleterre !

Aliénor d'Aquitaine une souveraine légendaire au cœur de la forteresse de Chinon

C’est dans l’écrin majestueux de la forteresse royale de Chinon que vous découvrirez l’histoire fascinante d’Aliénor d’Aquitaine : plongez dans l’univers d’une reine légendaire à travers sa chambre reconstituée, pour une immersion saisissante au cœur du Moyen Âge. Dans les appartements privés d’Aliénor, découvrez l’intimité d’une reine : le lit à baldaquin aux riches étoffes, les coffres emplis de ses robes précieuses, le prie-Dieu où elle se recueille. Les fenêtres à meneaux laissent filtrer la lumière sur les murs ornés de tapisseries aux couleurs chatoyantes, participant au faste de la vie de cour au XIIe siècle.

De duchesse d’Aquitaine à reine de France

Lorsque son père décède sur la route de Saint-Jacques de Compostelle, la jeune Aliénor devient duchesse d’Aquitaine le 9 avril 1137, à seulement treize ans (son frère Guillaume étant mort en 1130, elle était devenue l’héritière présomptive). Un destin exceptionnel s’ouvre alors pour cette héritière du plus vaste territoire du royaume de France. À Bordeaux, dans la cathédrale Saint-André, elle épouse 3 mois plus tard le futur Louis VII. La mort du roi Louis VI survenant le 1er aout 1137, le couple se voit ainsi couronné à Bourges, en décembre 1137 : Aliénor accède au rang de reine de France.

À la cour, la jeune souveraine apporte le raffinement de sa culture aquitaine. Passionnée par les arts et la poésie des troubadours, elle insuffle un vent nouveau dans ce royaume aux mœurs plus austères. Son influence grandissante auprès du roi ne manque pas de susciter des jalousies parmi les conseillers royaux.

Son mariage avec Louis VII

Ce mariage marque la naissance d’un royaume aux dimensions inédites : même s’ils n’entrent pas dans le domaine royal, l’immense duché d’Aquitaine et le comté de Poitiers se retrouvent unis aux terres des Capétiens.

La Reine installe avec elle troubadours et poètes, et introduit l’amour courtois. Elle influence son mari sur certains sujets (mariage de sa sœur, campagne de Toulouse…), mais ses manières et son fort caractère détonnent à la cour de France, et des tensions apparaissent dans le couple royal. Tensions qui culminent lors de la seconde croisade, à Antioche. Après quinze années et seulement deux filles, Marie et Alix, le pape Eugène accepte d’annuler leur union en mars 1152, au prétexte d’une trop proche parenté. Libre à nouveau, la duchesse d’Aquitaine n’attend que huit semaines avant d’épouser le futur Henri II d’Angleterre, ouvrant un nouveau chapitre de son extraordinaire destinée.

La plus puissante héritière d’Europe

Le duché d’Aquitaine change de main, bouleversant significativement les équilibres territoriaux. Son mariage avec Henri Plantagenêt, futur roi d’Angleterre, crée ainsi la plus vaste entité territoriale d’Europe occidentale. Les territoires continentaux de l’empire Plantagenêt s’étendent désormais de l’Écosse aux Pyrénées.

De cette union naissent huit enfants, dont Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre, futurs rois d’Angleterre. Dans ce nouveau contexte, la nouvelle Reine d’Angleterre encourage également les arts et la poésie des troubadours, perpétuant l’héritage de son grand-père Guillaume IX. Sous son impulsion, la cour devient un foyer culturel rayonnant où se côtoient artistes et poètes. Son influence transforme les codes de la société médiévale, faisant d’elle une figure majeure de son temps. Parallèlement, elle détient les pouvoirs d’une régente en l’absence de son mari, Henri II d’Angleterre, lors de ses innombrables déplacements.

Sur les traces d'Aliénor aujourd'hui

Les collections du musée le Carroi

Au cœur de la ville médiévale de Chinon le Carroi-musée abrite un trésor fascinant : la chape de Saint-Mexme. Cette étoffe de soie et d’or, tissée à la fin du XIe siècle, aurait été offerte aux chanoines par Aliénor d’Aquitaine à son retour de la deuxième croisade. Parmi les pièces majeures des collections, admirez aussi une rare série de sculptures romanes provenant de la collégiale Saint-Mexme, témoignage précieux de l’art médiéval en Touraine. Parallèlement, les objets du quotidien et les documents d’époque racontent la vie de la cité au temps des Plantagenêt. Dans la salle dédiée au Moyen Âge, une collection unique de sceaux et de monnaies illustre l’importance de Chinon comme place forte du pouvoir royal au XIIe siècle.

 

Chinon, capitale des Plantagenêt

Un château au cœur de l’empire

Franchissez les portes de la forteresse royale de Chinon, résidence favorite d’Henri II Plantagenêt. Au XIIe siècle, ce roi d’Angleterre fait du château sa capitale continentale, y entreposant une partie du trésor royal. Dans les logis seigneuriaux, admirez la reconstitution des appartements royaux où le couple séjourne régulièrement à partir de 1160. C’est dans le fort Saint-Georges qu’Henri II établit le centre administratif de ses vastes territoires. Dans la chapelle Saint-Mélaine, il rendra son dernier souffle en 1189, abandonné par ses fils qui convoitent déjà son héritage…

La vie quotidienne à la cour

Plongez dans l’atmosphère raffinée de la cour médiévale, où les journées s’organisent autour des repas servis dans la grande salle. Sur la table à tréteaux, les mets délicats s’accompagnent des meilleurs vins d’Anjou et de Touraine. Les troubadours enchantent les convives tandis que les serviteurs s’affairent dans les cuisines royales. Les murs de tuffeau abritent alors une cour raffinée, où se côtoient chevaliers et dignitaires venus des quatre coins de l’empire Plantagenêt.

Les séjours royaux à la forteresse

Entre 1160 et 1173, Aliénor et Henri II font de nombreux séjours à Chinon. La reine d’Angleterre apprécie particulièrement ce lieu stratégique au cœur des territoires Plantagenêt. Dans sa chambre royale, reconstituée aujourd’hui avec son mobilier d’époque, elle reçoit bien des nobles visiteurs.

Admirez les préparatifs d’un repas royal tel qu’il se déroulait au XIIe siècle : les serviteurs s’affairent dans les cuisines pendant que la reine supervise le service dans la grande salle. Une mise en scène fascinante vous transporte au temps des festins d’Aliénor, où se mêlaient mets raffinés et discussions diplomatiques. Les historiens estiment qu’elle passa près d’un tiers de son temps dans cette demeure, avant que les événements ne transforment ce lieu de pouvoir en prison dorée.

Visiter la forteresse royale

Les espaces Plantagenêt

Pénétrez dans le nouvel espace dédié à la puissante dynastie des Plantagenêt. La salle des maquettes vous dévoile l’étendue impressionnante de leur empire, des côtes écossaises aux rivages pyrénéens. Face aux écrans tactiles, manipulez les reconstitutions en 3D pour comprendre l’évolution architecturale de la forteresse au fil des siècles. Dans la grande salle, les dispositifs numériques font revivre l’ambiance des festins royaux. Admirez la table dressée selon l’art de vivre médiéval, garnie de hanaps et autres vaisselles précieuses. Un parcours sonore vous plonge dans l’effervescence des cuisines, où mijotent les mets raffinés servis à la cour d’Aliénor.

Les animations historiques

Rendez-vous tout au long de l’année à la forteresse royale de Chinon pour des animations qui font revivre l’époque d’Aliénor. Temps fort de l’été, les médiévales vous transportent au XIIe siècle avec leurs spectacles de chevalerie et leurs démonstrations d’artisanat médiéval. L’hiver, place à Noël au pays des châteaux !

Et toute l’année, découvrez la forteresse de manière ludique, grâce à un monument game (de 3 à 28 joueurs) !

Une famille déchirée par le pouvoir

Henri II, l’époux roi d’Angleterre

Le mariage d’Aliénor avec Henri II Plantagenêt bouleverse l’échiquier politique européen. Avec un grand empire s’étendant de l’Écosse aux Pyrénées, la rivalité avec le roi Louis VII (ancien mari d’Aliénor…) est inévitable. Mais son attention est retenue par bien d’autres enjeux, à commencer par la restauration du système judiciaire et des finances royales en Angleterre, sans oublier sa relation difficile avec l’église d’Angleterre.

Le nouveau roi choisit Chinon comme point d’ancrage, au milieu de son empire s’étendant de l’Écosse aux Pyrénées. Avec Aliénor, les années 1160 marquent un tournant dans leur relation. Les nombreuses infidélités d’Henri, notamment avec la Belle Rosemonde, creusent un fossé entre les époux. D’autant que le roi multiplie ses interventions en Aquitaine, territoire qu’Aliénor considère comme son héritage personnel. À Noël 1172, leur dernière fête commune à Chinon masque à peine les tensions qui mèneront à la révolte de leurs fils.

Les enfants d’Aliénor et la succession

Contemplez les portraits des dix enfants d’Aliénor dans la salle des Plantagenêt. Guillaume, l’aîné, disparaît à trois ans. Henri le Jeune, couronné du vivant de son père, meurt sans héritier. Richard Cœur de Lion devient l’héritier de l’Aquitaine, tandis que Geoffroy reçoit la Bretagne. Les trois filles, Mathilde, Aliénor et Jeanne, renforcent par leurs mariages les alliances avec l’Empire germanique, la Castille et la Sicile.
La décision d’Henri II de léguer les châteaux de Chinon, Loudun et Mirebeau à son dernier fils, Jean sans Terre, provoque la colère de ses aînés. Cette répartition des territoires, source de tensions familiales, préfigure déjà les événements à venir.

La révolte des fils contre leur père

Printemps 1173, les murs de la forteresse résonnent des préparatifs de guerre. Aux côtés de ses fils Henri le Jeune, Richard et Geoffroy, Aliénor organise la rébellion contre son époux. Le roi d’Écosse Guillaume Ier et Louis VII de France apportent leur soutien aux princes révoltés.
Vêtue en page pour passer inaperçue, la reine tente de rejoindre Paris. Mais les hommes d’Henri II la capturent sur la route de Blois. À Chinon, cette même forteresse où elle avait connu tant de fastes devient sa prison. La révolte s’effondre après dix-huit mois de luttes acharnées, laissant les fils contraints de demander le pardon paternel.

L'emprisonnement à Chinon

Une captivité de 16 ans

Novembre 1173 marque le début d’une longue période d’isolement pour Aliénor. Ramenée à Chinon sous bonne garde, la reine déchue découvre sa chambre transformée en cellule dorée. Les premiers mois de sa détention se déroulent dans cette forteresse qu’elle aimait tant, avant son transfert vers l’Angleterre. Les murs de tuffeau, témoins de ses années de gloire, l’entourent désormais de leur silence pesant. Seules quelques visites de ses fidèles brisent sa solitude, tandis que ses fils, un à un, font leur soumission à leur père. Cette captivité ne prendra fin qu’à la mort d’Henri II en 1189, lorsque son fils Richard Cœur de Lion lui rendra sa liberté.

La chambre de la reine

Cette pièce exceptionnelle a été reconstituée avec minutie par les historiens. Le décor peint aux motifs géométriques multicolores habille les murs de tuffeau, tandis qu’une somptueuse courtepointe recouvre le lit à colonnes. Les sièges sculptés et les coffres en bois clair témoignent du raffinement de l’époque. Sur la table à tréteaux, admirez les objets du quotidien d’une reine : miroir en bronze poli, peignes en ivoire et précieux manuscrits enluminés. Les fenêtres à meneaux laissent filtrer une douce lumière sur les tentures en soie rouge brodées d’or, créant une atmosphère intime propice aux confidences des dames de compagnie.

Les derniers jours à la forteresse

À l’automne 1202, Aliénor retrouve une dernière fois les murs de Chinon. Son fils Jean l’accompagne dans ce voyage mélancolique vers l’abbaye de Fontevraud, où elle choisit de finir ses jours. La reine pose un dernier regard sur cette forteresse qui fut témoin de sa gloire comme de sa déchéance. À 80 ans, elle a survécu à huit de ses dix enfants. Au cours de sa retraite angevine, elle continue à recevoir ambassadeurs et messages diplomatiques. Son influence reste intacte jusqu’à son dernier souffle, le 31 mars 1204. Son corps rejoint alors celui de son fils préféré, Richard Cœur de Lion, dans l’église abbatiale de Fontevraud.

L'héritage d'une femme de pouvoir

Son influence sur la culture médiévale

Nourrie par l’héritage des troubadours aquitains, Aliénor transforme la cour en un véritable foyer artistique. Les artistes rivalisent de talent pour orner les manuscrits de délicates enluminures. Son mécénat rayonne sur tout l’Occident médiéval : les chansons de geste fleurissent, les romans courtois enchantent les soirées.

La duchesse d’Aquitaine encourage particulièrement la création littéraire en langue vernaculaire. Sous son influence, les légendes arthuriennes se parent de nouvelles couleurs, donnant naissance aux célèbres figures d’Iseult et de Guenièvre. Les salles de la forteresse résonnent alors des vers des plus grands poètes du XIIe siècle, témoignant du raffinement unique de la culture Plantagenêt.

La légende d’Aliénor en Touraine

Au fil des siècles, les récits populaires ont façonné le mythe d’Aliénor en Touraine. La tradition lui attribue même l’introduction des vins de Loire à la cour d’Angleterre, faisant rayonner les coteaux du chinonais jusqu’aux rives de la Tamise. Après votre visite de la forteresse, vous pouvez d’ailleurs visiter les caves creusées sous la forteresse (Caves M. Plouzeau).

Chaque année, lors des médiévales de Chinon, comédiens et musiciens font revivre l’esprit d’Aliénor, mêlant avec talent histoire et légende pour le plus grand plaisir des visiteurs.

De Poitiers à Fontevraud

Prenez la route sur les traces d’Aliénor, de sa ville natale jusqu’à sa dernière demeure. Née vers 1124 dans le palais des comtes de Poitou, la fille de Guillaume X a marqué ces terres de son empreinte. Le vitrail de la cathédrale Saint-Pierre témoigne encore de sa présence, tandis que la salle des Pas Perdus résonne de son histoire. À Fontevraud, l’abbaye royale vous accueille dans sa majestueuse nef où repose le gisant d’Aliénor. Un livre ouvert entre les mains, cette femme de pouvoir veille encore sur ce lieu qu’elle choisit pour dernière demeure, aux confins de son duché d’Aquitaine.